30.10.2008
Du malaise dans la justice ou l’absence de dialogue
On la disait issue de la « minorité visible », un produit de la méritocratie républicaine, on la disait moderne et elle a réussi à instaurer un blocage avec les professions judiciaires. Avocats, huissiers, surveillants de prisons et maintenant les magistrats. On n’applaudit pas Mme Dati.
J’ai lu avec intérêt le communiqué de l’UMP qui, par le bic de Frédéric Lefebvre, porte parole et secrétaire national à l'économie, défend bec et ongle la ministre. Je conseille à Monsieur Lefebvre de faire naître le débat sur l’économie au sein de l’UMP plus que de parler justice : ça lui réussira mieux et il pourra mettre à son compte une action.
Il mentionne les lois votées depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la Présidence en mai 2007. A l’époque, j’avais déploré la symbolique : l’une des premières lois votées pour cette législature était la loi sur les peines planchers. J’aurais préféré une loi plus positive.
Car le problème de ces lois-là, c’est qu’elles restreignent de façon importante l’appréciation souveraine du juge. Cette automaticité des peines ne permet plus de les adapter. Et pire, elle emplit dramatiquement nos prisons.
A ce sujet, nous attendons toujours la grande réforme de la pénitentiaire. Elle tarde et ça s’accumule dans les prisons. On me rétorquera qu’il y a eu le contrôleur des Prisons à l’initiative de la ministre Dati. Foutaise ! C’est le Conseil de l’Europe qui nous a, fort heureusement, poussé à l’adopter ! Point la ministre, qui a crée cette Autorité Administrative indépendante à minima ! Et je renouvelle mes encouragements à Jean-Marie Delarue pour cette tâche qui porte tant d’espoirs.
Ainsi, on peut comprendre un juge qui craint l’appel de Mme Dati, même s’il est indépendant, car il n’a pas appliqué une loi qui allait surement envoyée un individu en prison, en sachant que le suicide l’attendait dans la cellule, en plus des deux autres codétenus. D’ailleurs, à quand le strict respect du numerus clausus : un prisonnier pour une cellule.
9m2, ce n’est quand même pas grand…
Il a été annoncé de nouvelles prisons. Je me souviens à Rennes. Du retard. Et surtout une question : la Maison d’arrêt va-t-elle fermée ou y en aura-t-il deux ? La fermeture ne serait pas un luxe : ce n’est pas humain d’enfermer des gens avec des rats, sans eau chaude, et avec un toilette, sans isolation, pour trois codétenus…
Et comment voulons-nous que les surveillants de prison se sentent reconnus ? Ils sont la dernière roue du carrosse !
Il aurait été préférable d’investir durablement sur les politiques de réinsertion, sur l’application de certaines dispositions du code du travail en prison.
Ce billet m’est venu après la lecture de réactions : les juges sont autoritaires, c’est une corporation, ils ne bossent pas, les criminels doivent payer, … Je déplore ces réactions minimalistes. C’est décevant. Oui, il y a des brebis galeuses partout. On m’a répondu « Outreau ». Mais ce n’était pas un juge ! C’était un ancien étudiant qui n’a jamais mis les pieds dans une fac de droit mais qui est issu seulement de l'IEP. Qu’il ait une culture générale, c’est certain. En droit ? Critiquable !
On m’a dit « le greffier qui s’est planté de case ». Arrêtons ! C’est facile de tomber sur ce cas ! Ce n’est pas une erreur d’une case qui fait louper le système judiciaire ! C’est plus profond ! Par contre, parler de cette erreur empêche de parler du fonds.
Enfin, pour parler réforme et pour finir cette note, je ne pense pas que les professions judiciaires soient contre les évolutions apportées par
Mme Dati qui sont globalement positives et bienvenues. Je pense simplement qu’ils critiquent la méthode expéditive et le manque de dialogue de la ministre. Pour ceux qui doutent encore, j’invite à s’interroger sur les départs réguliers du cabinet de Mme Dati. Cela ne sert à rien d’imposer. Les réformes se font avec les acteurs.
Et le Ministère de la Justice est un grand ministère. Sans doute que la garde des Sceaux (à champagne), comme l’appelle le Canard Enchaîné, serait mieux à la culture comme le conseillait un proche de l’Elysée sous couvert d’anonymat dans le Figaro : elle serait parfaite pour la montée des marches ! Et monsieur Lefebvre pourrait sortir son boulier et éviter de faire des communiqués aussi en dehors des clous.
00:09 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la droite sociale, ump, guillaume delarue, rachida dati, malaise dans la justice, droit, magistrat





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